Emprunter en période d'essai : ce qui bloque, et les deux sorties
Votre banquier vous a dit qu'il ne pouvait rien faire tant que votre période d'essai court. Il a raison sur le constat, et il s'est arrêté là. Il existe pourtant deux façons d'avancer, une seule question à poser à votre employeur, et un piège de calendrier que presque personne ne vérifie.
Publié le , mis à jour le par Anthony Montarello, ancien banquier, courtier en crédit immobilier.
Le constat, sans détour
En dix ans de dossiers, je n'ai jamais vu un accord de prêt accordé sur les revenus d'un emprunteur en période d'essai. Pas une fois.
Ce n'est pas une interdiction légale : aucun texte n'empêche une banque de prêter à quelqu'un en période d'essai. C'est une pratique prudentielle, partagée par tous les établissements, et qui tient à une logique simple. Un contrat en période d'essai peut être rompu par l'employeur sans motif et sans préavis notable. La banque, elle, s'engage sur vingt ans.
La conséquence pratique est celle-ci : démarcher les banques une par une ne sert à rien. Ce n'est pas une question de politique commerciale, et vous ne trouverez pas l'établissement plus souple que les autres. C'est la situation qu'il faut changer, pas l'interlocuteur.
Les deux seules sorties
Il n'y en a pas trois. Soit les revenus concernés sortent du calcul, soit la période d'essai prend fin.
Première voie : monter le dossier sans ces revenus. C'est possible quand vous achetez à deux et que l'autre emprunteur, lui, n'est pas en période d'essai. La banque calcule alors la capacité sur ses seuls revenus. La personne en période d'essai reste emprunteuse, elle ne disparaît pas du projet : ce sont ses revenus qui ne comptent pas, pas elle.
Seconde voie : obtenir la validation écrite de la période d'essai. Votre employeur peut confirmer votre embauche avant le terme prévu. C'est le levier le plus rapide, et le seul qui rétablisse complètement votre dossier.
Le calcul que personne ne vous explique : vos charges, elles, restent
C'est le point le plus mal compris, et il renverse souvent la situation.
Quand la banque écarte les revenus de l'emprunteur en période d'essai, elle n'écarte pas ses charges. Son crédit auto, son prêt étudiant, sa pension alimentaire continuent de peser dans le taux d'endettement. La logique se tient : il reste emprunteur au dossier, donc ses engagements comptent.
Résultat : un couple peut emprunter moins à deux qu'un seul des deux emprunterait seul, dès lors que celui en période d'essai apporte des charges sans apporter de revenus retenus.
Je le dis, et j'ajoute aussitôt ce que je constate : en pratique, presque aucun couple ne raisonne ainsi. Quand deux personnes ont prévu d'acheter ensemble, elles reportent le projet plutôt que d'en sortir l'une des deux. Le mécanisme existe, il est rarement choisi, et vous méritez de le savoir avant qu'un conseiller vous le présente comme l'évidence.
L'attestation d'employeur : ce que la banque attend exactement
Une promesse orale ne vaut rien ici, et un e-mail aimable non plus. Ce que la banque retient est un document qui réunit quatre éléments :
- une attestation écrite, sur papier à en-tête ;
- tamponnée et signée par l'employeur ;
- indiquant qu'à telle date la période d'essai est validée ;
- et que le salarié est confirmé dans ses fonctions aux conditions décrites dans son contrat de travail.
Cette dernière mention compte autant que les autres : elle rattache la confirmation au contrat, donc à la rémunération sur laquelle la banque va calculer.
Sur les demandes que j'accompagne, j'estime qu'environ une sur deux aboutit. Le résultat dépend de la durée de la période d'essai, du type de poste, et surtout du point où l'employeur en est : une demande formulée à quinze jours du terme a une tout autre allure qu'une demande au premier mois.
Demandez-la même si vous pensez que ce sera non. C'est un courrier à écrire, et l'employeur qui refuse ne vous aura rien coûté.
Fonctionnaire, mutation interne, premier emploi : rien ne passe mieux
On me demande souvent si certaines situations sont mieux traitées. La réponse est non, et les démarches sont les mêmes.
Le stage probatoire d'un fonctionnaire ne dispense de rien : il faudra justifier de la titularisation prochaine.
La mobilité interne dans le même groupe appelle surtout une question à poser avant toute chose : pourquoi une nouvelle période d'essai ? Un changement de poste chez le même employeur n'en déclenche pas automatiquement. Vérifiez votre avenant avant de considérer que vous êtes bloqué : il arrive qu'on se croie en période d'essai sans l'être.
La démission d'un CDI pour un autre CDI et le premier emploi relèvent du même traitement que les autres.
Compromis déjà signé : les trois questions, dans l'ordre
C'est la situation d'urgence. Voici ce que je demande, dans cet ordre, quand quelqu'un m'appelle dans ce cas.
Combien de temps reste-t-il, et cette période peut-elle être renouvelée ? C'est le point que presque personne ne vérifie. Une période d'essai renouvelable peut doubler, et faire tomber un compromis dont le délai avait été calculé sur la première échéance. Relisez votre contrat de travail avant de raisonner sur un calendrier.
Quelles sont vos relations avec votre employeur ? Cela décide de la faisabilité de la seule voie rapide.
Accepterait-il de valider la période d'essai par anticipation ? Si oui, vous avez votre solution. Si non, la question devient celle du calendrier : votre condition suspensive de financement est là pour ça, et il vaut mieux parler d'un report de date avec le vendeur tant que le délai n'est pas expiré plutôt qu'après.
Ce que la banque impose, et ce qui se négocie
Quand le dossier passe sur les revenus d'un seul des deux emprunteurs, une question revient toujours : celle de l'assurance.
La couverture totale exigée est fixée par le prêteur et figure dans son offre. En revanche, la répartition entre les deux emprunteurs se discute, et elle n'est pas dictée par les revenus retenus. L'emprunteur dont les revenus ne comptent pas dans le calcul reste assurable, et le choix de sa quotité vous appartient.
Enfin, une observation de terrain qui vaut ce qu'elle vaut, et que je livre comme telle : dans les réseaux mutualistes, la décision se prend plus près du terrain. Un dossier défendable y trouve plus souvent quelqu'un qui a la main pour dire oui. Cela ne change rien à la règle sur la période d'essai, qui ne se contourne pas par l'interlocuteur.
Pourquoi votre banquier ne vous a rien proposé
La période d'essai est un point très négatif dans un dossier. Il existe pourtant des moyens de l'aborder, et ce sont ceux de cette page.
En général, un banquier ne vous donnera pas de solution. Il se contentera de dire : vous êtes en période d'essai, je ne peux pas vous prêter. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. Son métier est d'instruire les dossiers qui entrent dans ses critères, pas de vous expliquer comment y entrer.
Avant de renoncer ou de reporter, vérifiez donc trois choses : votre période d'essai est-elle bien en cours, peut-elle être validée par écrit, et votre projet tient-il sur les revenus de l'autre emprunteur. Le calculateur de capacité d'emprunt répond à la troisième en quelques minutes, et celui du taux d'endettement vous montrera l'effet de vos charges actuelles.
Questions fréquentes
Une banque peut-elle prêter à un emprunteur en période d'essai ?
Aucun texte ne l'interdit. C'est une pratique prudentielle partagée par les établissements : un contrat en période d'essai peut être rompu par l'employeur sans motif et sans préavis notable, quand la banque s'engage sur vingt ans. En pratique, les revenus concernés ne sont pas retenus dans le calcul de la capacité d'emprunt.
Que faire si le compromis est déjà signé et que la période d'essai court encore ?
Vérifier d'abord la durée restante et si la période est renouvelable, ce que presque personne ne contrôle. Demander ensuite à l'employeur une validation écrite par anticipation. La condition suspensive de financement existe pour cela : mieux vaut négocier un report de date avec le vendeur avant l'expiration du délai qu'après.
Demander à son employeur de valider la période d'essai, est-ce que ça fonctionne ?
Sur les demandes accompagnées, environ une sur deux aboutit. Une promesse orale ne suffit pas, et un message aimable non plus : la banque retient un document écrit confirmant l'embauche définitive. La demande vaut d'être faite même quand on s'attend à un refus, qui ne coûte rien.